Mademoiselle Ségolène Royal a mis Olympe de Gouges a l’honneur et a demandé qu’elle ses cendres soient transférées au Panthéon.
Olympe de Gouges est actuellement la référence de gauche, en matière de féminisme. Elle écrit en 1791 une « déclaration des droits de la femme » qu’elle termine ainsi en comparant le statut de la femme sous l’Ancien Régime avec celui qui lui est fait sous la Révolution « Enfin tout ce qui caractérise la sottise des hommes, profane et sacré, tout a été soumis à la cupidité et à l'ambition de ce sexe autrefois méprisable et respecté, et depuis la révolution, respectable et méprisé. » Elle veut dire par là que la femme était autrefois, selon elle, respectée et avait recours, selon elle, à beaucoup de ruses pour régner et était respectée mais méprisable, mais que la Révolution l’avait rendue respectable parce qu’elle n’avait plus besoin de ruse, mais se trouvait méprisée par le machisme révolutionnaire.
Il n’est pas évident pour moi que la femme ait eu nécessairement recours à la ruse pour asseoir son influence sous l’Ancien Régime, il est en revanche probable que Madame de Gouges ressent, après la Révolution, une évolution vers le mépris des femmes. Mais dès 1791, quelques précautions oratoires étaient sans doute nécessaires pour éviter des ennuis de la part des fanatiques.
J’ai lu sur Gallica ses « Remarques Patriotiques » qui n’ont pas trait au féminisme, mais au problème posé par la misère des classes laborieuses. Elle s’y montre catholique et monarchiste.
« (…)la vraie constitution est fondée sur l’amour de son pays & et de son Roi : voilà les Francs, voilà leurs véritables vertus. Si elles n’existent plus dans la nation, la nation est perdue (…) » « Remarques Patriotiques » P. 6
La sentence « La vraie constitution est fondée sur l’amour de son pays et de son Roi » est très profonde. C’est le talent féminin de retourner aux principes d’amour. Un homme aura tendance à raisonner sèchement sur les principes juridiques, les femmes retournent aux vrais et profonds principes, plus premiers encore que ceux de la sèche raison. On pourrait prendre cette phrase et l’apprendre aux jeunes générations.
P. 9 « je ne suis d’aucun parti (…) le bien seul de mon pays excite ma verve & et enflamme mes esprits.(sic) »
P. 11 « (…) ce ne sont pas toujours les plus sages et les plus honnêtes gens qui réussissent. » Autre sentence, contre le culte superstitieux de la « réussite » que l’on devrait graver dans l’esprit des jeunes.
Plus loin elle suggère à la reine et au roi d’ouvrir des établissements pour secourir les malheureux et les vieillards et conclut « On déchargera MM. Les Curés du pénible travail de soulager les malheureux, ils auront plus de temps pour se livrer au culte de la religion qui s’affaiblit tous les jours. » Olympe est en effet pour la religion et contre le fanatisme. Elle donne mission aux curés de seulement vérifier le véritable état de nécessité des bénéficiaires. Elle prévoit qu'ils établissent un certificat.
Pour financer tout cela elle préconise une « Caisse Patriotique » alimentée par un « impôt volontaire » payé par les riches sur leurs richesses inactives. De fait elle finit par préconiser une sorte d’impôt sur le luxe, sur les voitures, sur les chevaux, sur le personnel domestique, les bijoux, les jeux, la peinture, la sculpture, et les décoration d’appartement (puisque les logements du peuple ne sont pas décorés).
Plus loin encore, elle plaide pour la confession sacramentelle, en racontant une anecdote sur ses bienfaits. Une femme se confesse à son lit de mort et répare une terrible injustice. P. 19 « C’est donc à tous les ministres de la religion à conserver le sacré caractère de la loi, à donner de bons exemples et à veiller sans cesse à la conservation de cette loi. Toute administration doit leur être interdite. » Elle est donc pour une stricte laïcité, mais reste profondément religieuse.
Elle conclut :
« nous chanterons ensuite en chorus : Vive la France, vive son Roi, & vive la Patrie. » (P. 34)
Autre particularité d’Olympe, dans un moment où la déclaration des Droits de l’Homme du 26 août 1789 proclame que la loi est l’expression de la « volonté » fut elle « générale » sans aucune référence à la raison, elle préconise, elle, que la loi soit soumise à la raison :
ARTICLE V de la déclaration des droits de la Femme et de l’Homme : (rédaction Olympe de Gouges)
Les lois de la nature et de la raison défendent toutes actions nuisibles à la société : tout ce qui n'est pas défendu pas ces lois, sages et divines, ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elles n'ordonnent pas. »
A mon avis, c’est beaucoup mieux que la l’article V de la "Déclaration universelle des droits de l’homme" du 26 août 1789 :
« Article 5 - La loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas. »
Cette rédaction "La loi n'a le droit" est manifestement fautive. Une loi est un texte, ce n'est donc pas la loi qui n'a pas le droit, mais le législateur. De plus la rédaction d'Olympe est plus exacte, plus précise, elle ferme la voie au totalitarisme. C'est la raison et la nature qui sont le fondement des lois et non le seul intérêt de la société, à côté des droits de la société, il y a les droits de l'homme, fondement des lois. De plus n'envisager que la "défense" des actions nuisible dans la loi est manifestement insuffisant. Il faut envisager les lois positives dictées par la raison ou la nature. La rédaction d'Olympe est donc, sur ce point, nettement supérieure.
il est inexact de dire que la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne n’est qu’un démarquage de la déclaration des droits de l’homme (comme le prétend l'article de Wikipédia sur Olympe de Gouges), elle apporte des nuances, voire elle tranche, plutôt vers le bien ; elle est un progrès, par rapport à la déclaration des droits de 1789, même si elle reste encore empêtrée, sur beaucoup de points, dans les préjugés de l’époque.
Au final Madame de Gouges au Panthéon, sans adhérer à toutes ses idées, pour une fois j’irais visiter la tombe de cette dame, mère du féminisme, avec l’émotion due à une martyr de la Révolution, puisque bien entendu, comme catholique et monarchiste, elle a été guillotinée par les « monstres barbouilleurs de lois » qui sévissaient en France à l’époque. (3 novembre 1793)
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